
Rashômon de Akira Kurosawa
Sorti en 1950, Rashomon a provoqué une petite révolution en son temps. En effet, le fait de créer un récit circulaire qui n'est basé que sur les faux-semblants et les demi-mensonges de chacun des protagonistes (chacun d'entre eux donnant une version d'un même fait divers : une femme et son mari sont attaqués par un bandit des grands chemins qui viole la femme et tue son mari, un samouraï). Malgré le fait que l'action soit situé au Moyen-Âge Japonais, à l'époque des samouraïs et du code de l'honneur (ou peut-être grâce à ça), la portée du récit est d'une modernité insensée. Détruisant tous les a-prioris et s'érigeant comme dénonciateur de cette société basée sur les apparences, Kurosawa profite d'une mise en scène très épurée et quelque peu thêatralisée pour appuyer son sous-texte puissamment.
Croulant sous les récompenses (Lion d'Or à Venise, Oscar du Meilleur Film Etranger...), Kurosawa réalise surtout une oeuvre d'une beauté époustouflante, maniant le noir et blanc et le clair obscur d'une main de maître, dynamisant le tout grâce à un montage du réalisateur lui-même. Donnant au spectateur un faux rôle-clé mais un vrai rôle-vrai, Kurosawa humanise ses personnages tout en les critiquant, donnant une impression d'impartialité toute artificielle. Pourtant le film n'est que suite de déception pour le spectateur et introduit à l'Occident, qui le découvrait alors, un Kurosawa extrêmement pessimiste dans le fait que tous les personnages mentent sans vergogne, même ceux qui sont censés être les garants d'un ordre moral ou social (ainsi le samouraï - qu'il fait mentir dans une séance de spiritisme onirique - ou le bonze qui ne dérogent pas à la règle). Heureusement (pour lui et pour nous), la fin permet l'espoir avec le bûcheron qui accepte d'adopter un enfant abandonné malgré le fait qu'il en est déjà sept à charge. Ainsi le ton sombre du film permet cette conclusion lumineuse qui fait de ce film une oeuvre à ranger aux côtés de Citizen Kane.

















Mardi 23 janvier 2007, 17h Salle de Projection de Dar Bellarj
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